samedi 7 février 2026

La mécanique interne du Satanisme : lire, comprendre, assumer

Vous vous posiez des questions ?
Vous avez des réponses.

Encore faut-il accepter de lire ce qui est réellement écrit - et non ce que l’on projette dessus.

Il existe une confusion persistante autour du Satanisme : on le soupçonne de vouloir convaincre, convertir, enrôler, voire transformer. Or, si l’on prend la peine de lire attentivement les textes contemporains qui en définissent la ligne intellectuelle -dans le cas présent, l'introduction de Peter H. Gilmore à The Satanic Bible (*)- on découvre tout autre chose. Le Satanisme n’est pas une promesse, encore moins une révélation. C’est un dispositif de clarification. Un système qui n’agit pas par adhésion, mais par confrontation.

Dès les premières lignes, Gilmore désamorce ce que beaucoup imaginent être le cœur du sujet : il n’y a rien à craindre. The Satanic Bible ne transforme personne, ne convertit personne, ne pousse personne dans une direction étrangère à sa nature. Cette triple négation n’est pas anodine. Elle vise précisément les verbes qu’emploient les systèmes idéologiques classiques : transformer, convertir, persuader. Le Satanisme refuse cette mécanique. 

Il ne cherche pas à produire un « nouvel homme ». Il s’adresse à ce qui est déjà là.

C’est ici que la mécanique interne devient lisible. Le pouvoir du texte ne réside pas dans ce qu’il affirme, mais dans la réaction qu’il suscite. Le livre fonctionne comme un miroir : il ne dit pas qui vous devez être, il révèle ce que vous êtes à travers vos accords, vos résistances, vos rejets. Ce n’est pas une doctrine descendante, mais une expérience de lecture active. 

Ce que vous y voyez dépend moins du texte que de votre propre structure morale et psychologique.
Lorsqu’il est question « d’embrasser » le contenu, il ne s’agit pas d’une injonction dogmatique, mais d’une condition expérimentale. Si vous acceptez ce face-à-face, alors votre vie peut gagner un nouvel axe. Pas une vérité, pas un salut, pas une mission. Un focus. Une cohérence accrue entre ce que vous êtes, ce que vous pensez et ce que vous faites. Rien de mystique. Rien de spectaculaire. Juste une mise au point.

L’un des aspects les plus révélateurs du texte est d’ailleurs la liberté de sortie explicitement accordée au lecteur. Vous êtes libre d’aller ailleurs, vers tout autre refuge spirituel ou conceptuel qui vous convient. Il n’y a ni jalousie doctrinale, ni exclusivité. Mais cette liberté s’accompagne d’un point de non-retour : vous ne pourrez plus dire que vous ne savez pas ce que signifie être sataniste. Non pas comme une étiquette, mais comme une posture. Celle d’un individu qui assume la responsabilité pleine de ses choix, sans se réfugier derrière des absolutions extérieures ou des récits consolants.

C’est là que le Satanisme cesse d’être un objet fantasmatique pour devenir une éthique de lucidité. Il ne promet pas d’être « meilleur ». Il n’offre pas de rédemption. Il exige autre chose : cesser de se mentir. Cesser d’attribuer ses décisions à des forces supérieures, à des déterminismes commodes ou à des systèmes moraux préfabriqués. L’individu devient la mesure de ses actes, et la justice n’est plus un dogme abstrait, mais une équité vécue, concrète, parfois inconfortable.
La chute du texte est à ce titre révélatrice. Gilmore ne vante pas une communauté idéale ni une élite éclairée. Il évoque simplement des personnes « justes et fascinantes ». Le choix des mots est précis. Just, au sens d’équitable, droit, cohérent avec soi-même. Fascinating, non parce qu’elles seraient aimables ou consensuelles, mais parce qu’elles sont vivantes intellectuellement, stimulantes, parfois dérangeantes. Et folks : des gens ordinaires, pas des élus.

C’est peut-être là que réside la véritable provocation du Satanisme : il ne propose rien à croire, mais beaucoup à comprendre. Il ne réclame aucune allégeance, mais impose une lecture honnête. Et il laisse le lecteur seul face à une question simple, mais redoutablement efficace : qu’est-ce que je fais de ce que je sais désormais ?

Le reste n’est pas une affaire de foi.
C’est une affaire de responsabilité.

Arashi Wanderer Ryō
(Hōrō-Sha)

(*) Opening the Adamantine Gates, dernier paragraphe 

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